La crise a ceci de particulier qu’elle ramène à l’avant-plan des sujets habituellement délégués, sinon délaissés, au profit de perspectives plus stratégiques. C’est ainsi qu’on retrouve les CFO très préoccupés par la gestion du fonds de roulement et l’optimisation de la trésorerie. Ou les DRH extrêmement sensibles au « social ». La crise a aussi cette vertu de « reconnecter » les fonctions de support aux réalités très concrètes qui se vivent sur le terrain. On sort en quelque sorte des hautes sphères – qui a dit de la tour d’ivoire? – pour redécouvrir la « base ».  

Ce n’est sans doute pas un hasard si, Fabienne Autier, professeur à l’EM-Lyon, une des dix meilleures écoles de commerce d’Europe, plaide aujourd’hui dans RH Tribune (www.rhtribune.be) pour une GRH « moins technicienne », « partant davantage des réalités du terrain ». De son côté, Cédric Degelaen, DRH de Sita – qui a aussi exercé de l’autre côté de la barrière, dans la consultance – souligne la nécessité, tant pour les RH que pour les consultants, de « se mettre au niveau des enjeux réels du business », d’être « pragmatiques » et de renforcer la « capacité à vulgariser et à parler le même langage » que les managers opérationnels et les collaborateurs.

Parler un même langage, ce n’est visiblement pas le fort chez British Airways dont le patron et le directeur financier ont annoncé en mai qu’ils travailleraient pour rien pendant un mois. Entendez: sans revendiquer de salaire. La compagnie a ensuite appelé ses employés à leur emboîter le pas et à travailler gratuitement d’une semaine à un mois. Objectif: aider l’entreprise « à survivre », en ajoutant la mesure à une batterie d’autres déjà en place. Certains y voient l’opportunité de resserrer les liens dans la tempête, style « on est tous dans le même bateau ».     

Mais voilà: sans doute le grand esprit qui a suggéré cette mesure a-t-il oublié que ledit patron perçoit un salaire annuel équivalent à € 874.000, à en croire les chiffres cités par le Mirror. Le « sacrifice » est évalué à plus de € 70.000… mais avec un pécule accumulé les autres mois qui permet de voir venir. De quoi susciter des commentaires acides dans les médias en ligne: « A terme, les actionnaires toucheront leurs dividendes, mais il y aura des licenciements: à quand la prostitution dans les avions pour renflouer les caisses? », « Après ‘travailler plus pour gagner la même chose’, ‘travailler pour que dalle’: on attend ‘payer pour travailler’! » et autre « La preuve que l’avenir, c’est le modèle chinois! » Comme le pointe un DRH, « Les collaborateurs ont une famille et des engagements. Jouer sur la réduction du temps de travail ou sur les congés sans solde, passe encore… Mais si ce type de mesure apparaît à terme comme du pur cost-cutting au-delà de ce qui est vraiment requis, ce sera un désastre. »

Outre le fait qu’elle court-circuite les voies de la concertation qui, elles, sont de nature à dégager des solutions plus raisonnables, des propositions du genre « travaillez pour rien » sont de nature à gravement affecter les termes du fameux « contrat psychologique ». Bien sûr, la crise impose des solutions radicales. Mais l’après-crise aura son lot de défis qu’il faut se préparer à relever dès maintenant. Par exemple: comment en revenir au temps plein, voire demander plus, à ceux qui auront pris goût au temps de travail réduit? Plus largement: comment (re)gagner la confiance et obtenir l’engagement des collaborateurs? Engagement & Trust: ce sera précisément le thème de notre prochain congrès, organisé à Bordeaux, du 24 au 27 mars 2010. On en aura bien besoin…



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